
Il se passe en réalité quelque chose de décisif depuis plusieurs mois. Le travail progresse, mais surtout il se transforme : nous sommes en train de stabiliser un modèle relationnel véritablement nouveau, dont les implications dépassent désormais le seul cadre théorique.
Le cœur de cette avancée tient à la formalisation d’une relation pensée en trois dimensions. La première correspond à la vision classique, horizontale et duale, qui structure encore largement nos pratiques : celle du face-à-face entre le soignant et le soigné, enrichie par une approche systémique mais restant inscrite dans une géométrie relationnelle relativement plane. La seconde dimension introduit une profondeur supplémentaire, celle des dynamiques complexes immergées — entre inconscient, individuation, narrativité et incertitude — qui façonnent silencieusement les interactions cliniques. Mais c’est surtout la troisième dimension, orthogonale, qui constitue le véritable saut conceptuel. Elle ne vient pas s’ajouter comme une simple variable supplémentaire : elle reconfigure l’ensemble du système relationnel. Dans cette perspective, la relation cesse d’être un simple espace d’échange pour devenir un champ structurant, au sein duquel les individus eux-mêmes peuvent apparaître comme des manifestations, voire des « symptômes » au sens sémiotique du terme. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de penser la relation entre des sujets, mais de comprendre comment la relation elle-même produit des configurations humaines, cliniques et institutionnelles.
Cette bascule ouvre des perspectives considérables. Sur le plan soignant, elle invite à revisiter la clinique, le raisonnement, l’organisation des soins et la formation. Sur le plan épistémologique, elle questionne nos catégories habituelles, en particulier la manière dont nous pensons l’incertitude, la causalité et le sens. Sur le plan politique et sociétal, elle offre un cadre susceptible d’accompagner les transformations profondes des systèmes de santé, notamment dans un contexte marqué par les maladies chroniques, la pluralité des savoirs et la crise du modèle médico-centré.
Nous touchons ainsi à une forme de « changement de géométrie » du soin. Les stratégies dites de l’étincelle, désormais mieux structurées dans la seconde partie du travail, apparaissent comme des modalités opératoires de cette transformation : elles permettent d’activer ce champ relationnel orthogonal et d’en faire un levier concret de transformation clinique et institutionnelle. Elles touchent à de nombreux champs et reposent sur une action « non linéaire » d’ébranlement de l’individu et in fine du réel pour contraindre à la mutation partielle… et si possible conscientisée – car une transformation qui nous implique pourrait ne pas être encodée - même s’il n’en demeure qu’une poussière d’incertitude tenace. Nombre de choses pourraient y être bâties.
La suite très bientôt !