Participation à la conférence « mourir demain » avec M. Jean Leonetti – 18/09/2025 CHU de Rouen

Nous avons eu le privilège d’intervenir jeudi 18/09 lors de la conférence « Mourir demain » organisée au CHU de ROUEN par l’équipe de médecine palliative en présence de M. Jean Leonetti.

Le temps est toujours trop court, alors que les interventions s’enchaînent, pour permettre à la pensée complexe de se libérer spontanément entre les auditeurs. Nous avons néanmoins pu poser quelques jalons.

 

Propositions majeures :

Il y a quelques années la médecine a connu une révolution en se centrant sur le patient et non sur la maladie. Désormais il s'agirait de se centrer sur la relation en tant que source de l'individu qui en deviendrait le symptôme complexe au sens sémiotique et non clinique du terme.

Le soignant n’est jamais extérieur à la situation, il y est impliqué, modifié et la modifie sans s’en apercevoir, et la relation est « plus » qu’une simple interaction. Il s’agit de considérer les degrés d’interprétation et de co-construction des tableaux cliniques, d’écart avec le vécu des soignés, la circulation de la souffrance d’une situation à l’autre.

« Soigner, ce n’est pas réduire : c’est relier »

« La certitude rassure, mais seule l’incertitude soigne »

« La médecine de la complexité : non pas un luxe, mais une urgence »

 

La médecine de la complexité c’est déjà :

  • Un manifeste en sept actes et un article :
    • Le premier acte se veut en rupture avec les modèles établis.
    • Le deuxième acte affirme la nécessité de la reliance, du lien entre les savoirs et les êtres.
    • Le troisième acte introduit le cœur même du projet : la complexité.
    • Le quatrième acte met en avant la quête de connaissance, non pas comme certitude, mais comme cheminement.
    • Le cinquième acte assume l’incertitude comme donnée fondamentale de la pratique médicale.
    • Le sixième acte évoque la prévention spéculaire, qui consiste à interroger en miroir nos propres représentations.
    • Le septième acte engage la médecine de la complexité sur le plan politique et sociétal.
    • Enfin, un huitième article, inclassable, complète ce corpus en ouvrant des perspectives inédites.
  • Un modèle relationnel original : une relation « système » et non plus comme simple mise en système, modèle tridimensionnel associant : la relation duale ou transactionnelle tendant vers la complexité (dimension 1), la relation complexe sous-tendue par une partie immergée entre inconscient et individuation où s’appliquent les règles dites de complexité (dimension 2), la dimension complexe ou orthogonale portant le système relation où l’individu deviendrait un symptôme au sens sémiotique du terme - d’une approche faible à forte - considérant des instances intermédiaires entre soi et autre ou entités de soi(s) (dimension 3).
  • Un cadre : alternatif à l'artificialisation radicale et normative de la réflexion, en lien avec le tragique existentiel (question de la finitude, de l’incertitude omniprésente, de l’ambivalence tensive entre désir et réalité, de l’irréversibilité des choix, et de la souffrance parfois portée jusqu’à l’absurde) et la créativité des « bruts », ces formes spontanées, non normées, de pensée et d’expression.
  • Un objectif : répondre aux situations de haute vulnérabilité en exploitant ce modèle via des attracteurs et modulateurs d'incertitude.
  • Un territoire: une transdisciplinarité faisant le lien entre médecine palliative, médecine de la douleur chronique, psychiatrie, grand handicap et gériatrie. Elle constitue un lieu de dialogue où ces disciplines se rencontrent et se fécondent mutuellement.
  • Une méthode rigoureuse interrogeant la mise en scène clinique dans une consultation originale (espaces, outils, échanges, considération des degrés de co-construction et d'adhésion...). Cette méthode privilégie l’épreuve plutôt que la preuve : il s’agit moins de décrire la réalité que d’accueillir et de mobiliser son irrésolution.

D’aucuns s’arrêteront au caractère « compliqué » de quelque chose qui reste difficile à saisir, quand d’autres insisteront sur la notion de « relations » nombreuses et diversifiées, intriquées et interdépendantes entre des éléments qui s’inscrivent dans une totalité et inscrivent un tout. C’est ce sens qui est à la base des réflexions de ceux qui cherchent à rendre compte d’une pensée tissée, une pensée complexe.