


Rennes, le 03/10/2024
NAULIMUS a participé à la deuxième journée de l'éthique du numérique en santé organisée par BREIZH IA à l'EHESP. Nous avons pu travailler sur les liens qui unissent la complexité et l'intelligence artificielle en santé, un des nombreux points abordés par notre "manifeste pour une médecine de la complexité". En quoi l’IA peut-elle aider à travailler en milieu complexe ? En quoi les recherches sur les environnements complexes pourraient-ils faire progresser l’IA ?
La médecine de la complexité est une approche – et non une nouvelle discipline - en cours d’organisation mais qui dispose déjà d'une définition précise. Loin de vouloir devenir une « nouvelle spécialité » elle entend surtout proposer un champ d’expérimentation clinique original en mettant la relation au centre. Mais pas une simple relation duale et abstraite ; plutôt un espace relationnel systémique et phénoménologique, proche de ce que pourrait être un tissu biologique rattaché à l’individu... voire le "précédant". Elle ne prétend pas qu’un tel tissu « existe » - ne sait pas - mais en fait un concept sur lequel enrichir nos cliniques et envisager des pistes thérapeutiques innovantes, de même qu’un physicien s’arroge le droit de développer ses données dans plus de trois dimensions lorsqu’il souhaite faciliter leur discrimination. Elle s’intéresse à la pluridimensionnalité des situations de souffrance, et donc tout particulièrement aux situations de haute vulnérabilité. Nous parlons de « situations de vulnérabilité » et non de « personnes vulnérables », car il s’agit bien souvent de cas où soignant et soigné (s’)exposent leur propre vulnérabilité, avec dans la très grande majorité des cas une asymétrie au détriment du soigné, mais une influence non négligeable de la vulnérabilité du soignant sur ses interprétations et donc sur la clinique du soigné. Sont concernées au premier chef des disciplines telles que la médecine palliative, la médecine de la douleur chronique, le handicap en MPR, la psychiatrie institutionnelle, et la gériatrie. Et in fine autant de patients que le médecin généraliste, en tant que premier recours, est amené à prendre en soin de manière quotidienne. Des patients avec une clinique souvent très riche et multidimensionnelle, que la médecine de la complexité - une fois définie et mise en perspective avec la médecine intégrative polysémique - mettant en avant sa lecture relationnelle originale, pourrait permettre de réorganiser pour en offrir un décryptage plus pertinent et accessible.